TÉMOIGNAGE : "Peut-on réussir son intégration en Grande École lorsqu’on est issu des AST ?"

Par Cassandre Blanche-Barbat - HEC Paris

Cassandre a intégré HEC Paris en 2019, par la voie des Admissions Sur Titre  Internationales (ASTI). Elle nous raconte sa perception quant à l'intégration des AST en école. 

 

Une scission AST/post prépas

Dans les parisiennes, rares sont les diplômés français qui ne sont pas passés par une classe préparatoire. Alors lorsque les Admis sur titre intègrent plein d’enthousiasme et d’espoir leurs nouvelles écoles, la situation à laquelle ils se retrouvent confrontés est pour le moins délicate. Pour certains, le sentiment de rejet et d’isolement peut être violent.

Souvent accusés par les prépas d’avoir « volé leurs concours », les AD comme on les appelle à HEC, se doivent de faire montre de stratégie pour être acceptés. Et les premières barrières sont érigées par l’administration elle-même.

« J’ai tout de suite senti que je n’étais pas traité comme les autres étudiants français mais comme une étudiante internationale. Je n’ai absolument aucun cours avec les étudiants issus de prépas. Nous avons les mêmes cours, mais les leurs sont dispensés en français et les miens en Anglais. Alors forcément mon cercle d’amis est majoritairement composé d’internationaux » raconte Zoé* admise à HEC après un Master à Science Po.

D’une école à l’autre le constat est souvent le même : deux groupes s’opposent. Ce sont deux philosophies, deux manières de voir et vivre l’expérience en école de commerce qui s’opposent. 

Pour Ryan* ancien de Janson, aujourd’hui à l’ESCP, la raison de cette animosité est simple : « Ce ne sont quand même pas des fusées les AST. Alors oui, nous on n’a pas vécu sur 45 continents différents, mais au moins on est pas en PLS (ndlr. Position Latérale de Sécurité) dès qu’il faut faire 2+2. »

Et n’en déplaise à certains, la différence de niveau à l’entrée en école est bien réelle.

La majorité des étudiants admis sur titre se doivent de rattraper les cours fondamentaux suivis en L3 par les prépas. À l’ESCP cette remise à niveau à lieu en août ; si bien qu’en Septembre tout le monde est logé à la même enseigne. Mais dans la plupart des écoles, ces cours se déroulent au premier semestre, et rendent difficile tout contact entre les deux groupes.

Les associations comme solution ? 

Alors pas le choix ; pour un AST, s’intégrer aux communautés de prépas passe obligatoirement par les clubs et les associations. Mais le chemin pour les rejoindre est souvent long et semé d’embuches car ces derniers rechignent souvent à engager des nouveaux venus. Et pour cause : que faire de membres qui ne passeront rarement plus de deux ans, entrecoupés d’une césure, sur le campus ?

 

Pour encourager le recrutement d’AST dans les clubs, les administrations ont imposé des quotas à chaque association, et bien qu’insuffisant, ce reste tout de même encourageant. 

Ainsi après plusieurs tours d’apéro de recrutement où est évalué la motivation du candidat, le moment est venu pour les heureux élus d’intégrer leur nouvelle tribu. Mais même au sein de celle-ci, trouver sa place n’est pas toujours évident, et il n’est pas rare de voir certains quitter le navire après seulement quelques semaines. 

Des torts partagés ? 

Cependant, les torts sont partagés. Si le sens de l’accueil des prépas est parfois discutable, le désintérêt pour la vie associative de certains AST ne facilitent pas le rapprochement. Iman*, qui a intégré l’ESCP cette année via les AST ne s’en cache pas. 

« Beaucoup d’entre nous ont déjà fait de l’associatif lors d’études antérieures, et n’ont pas simplement pas envie de s’engager à nouveau. Pour les prépas c’est tout beau, tout nouveau. Nous on a passé ce stade ». 

 

Lors des soirées étudiantes, piliers de la vie sociale du campus, même constat. Les AST ne sont définitivement pas sur la même page que leurs camarades. 

Alcool à volonté, drague (souvent un peu lourde) et musique techno jusqu’à 3 heures du matin…C’est en titubant que la plupart des étudiants regagnent leur chambre au petit matin. 

Pour les AD qui connaissent la vie étudiante depuis trois ou quatre ans, l’expérience peut vite tourner au cauchemar. 

Pour Charlotte*, admise internationale à HEC le verdict est sans appel. « Les POW (ndlr. Party Of the Week) pour moi, c’est juste impossible. J’ai essayé deux fois et j’ai eu l’impression de retourner au lycée ». 

 

Pourtant Charlotte a persévéré, et c’est entouré de ses deux amies, issues de prépa qu’elle donne son astuce. « L’intégration passe avant tout par le compromis. On arrive sur leur territoire, c’est normal qu’ils soient réticents. Mon conseil…aller au bar prendre une bière de temps en temps. C’est plus calme comme ambiance que les POW et tout le monde deviens potes après deux ou trois verres »

Ce n’est qu’en juin que j’ai passé mes oraux, à mon retour de Grèce. Les oraux sont spécifiques à chaque école, d’où la nécessité d’une préparation rigoureuse. J’ai passé plusieurs semaines à m’informer sur les écoles, affiner mon projet professionnel, préparer mes speechs et passer des oraux blancs avec Joachim et Arnaud. C’est ainsi que j’ai intégré l’emlyon business school. Je remercie particulièrement Joachim et Arnaud qui m’ont accompagné du début à la fin."

Tout est question de volonté ... des 2 côtés ... 

En fin de compte, dans le processus d’intégration tout est question de volonté. L’essentiel c’est d’engager la conversation.

Si intégrer le cercle des élèves de prépas est une priorité pour un étudiant, il lui faudra redoubler d’efforts et ne pas se laisser impressionner. 

D’autres préfèreront consacrer leurs temps à d’autres activités et se sentiront plus à l’aise avec les étudiants de MSc. Dans un cas comme dans l’autre, pas de panique. Ces petites rivalités entre AST et prépas n’entachent en rien l’expérience étudiante formidable qu’offrent les écoles de commerce. 

 

Qu’ils soient anciens préparationnaires, issus de l’université ou étudiant internationaux, les profils des écoles de commerce sont d’une grande diversité et c’est là une source de richesse incommensurable. Les administrations des parisiennes ne s’y trompent pas. Et si vous, futurs admis en avez aussi conscience, alors soyez sereins, votre intégration se fera d’elle-même.

 

* Par soucis d’anonymat, tous les prénoms des étudiants interrogés ont été modifiés. 

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